Éric Forcier, lauréat du prix Gaston-St-Jacques 2020

Martin Lacasse, C.S.S. de Laval | Secrétaire du conseil d'administration de l'AESTQ 

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Auteur : Martin Lacasse, C.S.S. de Laval | Secrétaire du conseil d'administration de l'AESTQ


Pour son édition 2020, année complètement atypique, le Prix Gaston-St-Jacques a été remis à un touche-à-tout unique en son genre!

Ce natif de Victoriaville, qui a déménagé son savoir jusqu’au Centre de services scolaire du Fleuve-et-des-Lacs dans le secteur de Témiscouata-sur-le-Lac, a d’abord trouvé son intérêt pour les sciences dans les albums de Gaston Lagaffe et dans son fameux « kit de chimie amusante ». Ce sont les explosions qui le fascinaient. Encore jeune de cœur, Éric Forcier possède cependant assez de vécu pour avoir été un témoin privilégié du fameux alunissage d’Apollo 11, un évènement historique vécu avec son grand-père devant un téléviseur couleur (rarissime pour l’époque). Les premiers pas de Neil Armstrong sur cet astre lointain ont sans doute aussi semé une petite graine scientifique dans la tête de plusieurs jeunes de l’époque, notamment dans celle du jeune Éric alors âgé de cinq ans. Toutefois, à l’instar d’une épinette qui pousse sur le sol hostile du Grand Nord, il aura vécu plusieurs perturbations avant de s’orienter définitivement vers les sciences.

 

Un riche parcours scolaire

Au Cégep de Matane, c’est d’abord en photo qu’il se destine. Par la suite, il s’inscrit dans un programme en arts. Sans l’avoir achevé, il quitte Matane pour revenir à Victoriaville afin de fonder un journal communautaire. Puis, il travaille dans une usine de bateaux. Quelques années plus tard, devenu admissible comme candidat adulte, il s’inscrit à l’Université du Québec à Rimouski comme étudiant en littérature. Très rapidement toutefois, Éric délaisse la littérature pour la géographie, cette fois par amour ‒ et non pas pour la matière ‒ pour sa copine de l’époque qui lui demandait de faire ses lectures! Le futur géographe Forcier était heureux en géographie, science qui nourrissait sa soif universelle de savoir.

Mais un autre évènement allait bouleverser son chemin vers le diplôme en géographie : une partie du jeu Risk pendant sa première année. Ce soir-là, parmi les convives, trônait un livre de zoologie des invertébrés appartenant à un ami, étudiant au baccalauréat en biologie. Un autre chapitre de sa biographie était sur le point de s’écrire : il allait s’inscrire en biologie! Le sort en était jeté, il sera diplômé en biologie avec une mineure en géographie. Comme Obélix dans la potion magique, une fois tombé dedans, il en voulait toujours plus.

Par conséquent, il a poursuivi son cursus à l’Université Laval afin d’obtenir une maitrise en biologie dont le sujet portait sur la communication chimique chez les insectes. Toujours assoiffé par les découvertes, Éric ne s’est pas contenté d’étudier, il s’est aussi porté volontaire au centre de dépannage en informatique et statistique afin d’aider les étudiantes et étudiants diplômés.

Une fois son diplôme en poche, l’apprenti photographe et détenteur d’une maitrise en biologie se dirigeait vers la recherche. Cependant, les demandes constantes de subventions l’ont découragé. Des contacts lui ont alors proposé de venir s’établir dans le Témiscouata pour y démarrer un projet de serre. Celui-ci était alléchant, la serre devait être chauffée par des résidus d’un producteur de bran de scie. Malheureusement, ce dernier a fait faillite, et le projet est mort dans l’œuf.

 

Un projet-phare

Pour survivre dans cette nouvelle région, un contact a proposé le nom d’Éric afin de pourvoir un poste de technicien en informatique au secondaire à l’ancienne Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs. Il a occupé ce poste pendant une dizaine d’années avant de faire un changement de cap pour devenir technicien en travaux pratiques (TTP) à l’école secondaire de Cabano. L’appel d’un nouveau défi était manifeste.

Depuis 2010, il est donc TTP et s’investit à fond dans toutes sortes de projets. Sa plus grande fierté est certainement le projet Serre-Vie, car selon lui, « on y met en valeur l’effort inconditionnel de l’élève, le dépassement, le partage et la saine alimentation, et ce, dans un contexte de compréhension du monde ».

Ce projet a pris naissance il y a huit ans et incite les élèves à se dépasser en cultivant des légumes qu’ils vont soit manger eux-mêmes, soit redonner à la population. Cette initiative originale permet de produire en serre environ 8 tonnes de légumes et de redonner annuellement environ 85 000 carottes à la population étudiante et à celle de la municipalité régionale de comté. Par ailleurs, ce projet intègre aussi plusieurs activités technologiques ou scientifiques. Par exemple, la réalisation de supports à framboisiers et l’apprentissage de l’utilisation des machines-outils; la conception d’un bioréacteur de 44 tonnes qui sert à chauffer partiellement une des trois serres; la conversion d’un tracteur à gazon en véhicule utilitaire électrique; la conception de schémas pour l’installation de panneaux solaires qui alimentent la serre géodésique de 10 m de diamètre construite avec les élèves.

Le projet Serre-Vie a évolué et a donné naissance à un programme horticole en formation professionnelle. Cette initiative a rayonné hors du Québec jusqu’à Santiago (Cuba) où des jeunes ont fait une tournée des écoles primaires pour enseigner comment faire des jardins verticaux. Ils ont été, par le fait même, témoins des conditions d’apprentissage difficiles vécues ailleurs dans le monde.

Ce voyage humanitaire a fait comprendre à notre lauréat que les élèves n’étaient pas en mesure de profiter pleinement du projet en raison de la barrière linguistique. Éric devait servir d’interprète entre les élèves et la communauté. C’est ainsi qu’une autre idée lui est venue en tête : participer au reboisement d’un secteur désertique à la frontière entre le Maroc et le Sahara. Ce pays a été choisi pour répondre aux objectifs de dépaysement culturel, mais aussi pour assurer une meilleure compréhension des enjeux locaux du fait que le français est la langue commune pour échanger des idées. Le départ, initialement prévu le 4 avril 2020, a été remis en raison de la pandémie, mais le projet se réalisera dans un proche avenir.

 

Oser, toujours

Des projets, dans la tête de ce père de famille de deux enfants et fromager en herbe, il n’en manque pas. Autre source de fierté, son initiative pédagogique « Non à l’échec ». Il s’agit d’un projet démarré avec certains de ses collègues. Ainsi, un élève qui subit un échec en sciences (ou dans d’autres disciplines) se voit offrir deux possibilités de reprises. En contrepartie, il s’engage à faire une période intensive de récupération de 30 minutes. S’il échoue, il recommence le processus. Dans le cas d’un troisième échec, l’enseignant ou l’enseignante détermine les difficultés de l’élève et l’adresse au personnel professionnel de l’école (orthopédagogue, technicien ou technicienne en éducation spécialisée, etc.) pour l’accompagner dans ses difficultés et l’empêcher de se décourager et de décrocher.

On pourrait penser, en raison des nombreux changements de cap dans sa vie étudiante et professionnelle, que ce socialiste dans l’âme nous confierait qu’il a vécu une série d’échecs retentissants; il n’en est rien. Au contraire, il se considère même très chanceux d’avoir osé sans vraiment connaitre de revers importants. Ainsi, parce qu’il croit au bonheur par le dépassement et l’effort, il s’implique dans le comité de prévention de la toxicomanie de son école pour encourager les adolescents à éviter les paradis artificiels.

Par ailleurs, la pandémie ayant changé plusieurs vies au Québec, la sienne n’y a pas échappé. Cette année, il relève le défi de l’enseignement des sciences. Une expérience qu’il considère comme merveilleuse, car cela lui permet de passer plus de temps auprès des élèves, et il adore ça! La transition vers l’enseignement s’est faite tout en douceur, sauf pour un aspect. En effet, il ne soupçonnait pas qu’il serait si difficile de détecter rapidement les problèmes de compréhension chez ses élèves en difficulté. Il a également constaté qu’il n’est pas facile de percevoir ces moments où quelques élèves se mettent à décrocher ou à s’ennuyer en classe.

En juin 2021, dans quelques semaines, notre lauréat devra se séparer de son complice de toujours dans le projet Serre-vie. En effet, René Beaulieu, enseignant de maths-sciences, tirera sa révérence. Le tandem Forcier-Beaulieu à Cabano est comparable dans l’histoire à celui de Blalock-Thomas ou encore de Gates-Allen. Aux yeux d’Éric, l’enthousiasme et les qualités exceptionnelles de son partenaire manqueront grandement au milieu.

Ce portrait d’un citoyen du monde hors norme ne pourrait se terminer sans comprendre ce qui le motive à s’impliquer autant dans ses projets. La réponse, il la trouve dans l’esprit des élèves! La serre géodésique a été bâtie pour répondre au questionnement d’un élève, à savoir s’il était possible de faire pousser des fruits tropicaux à Cabano. Un autre élève a encouragé la conversion du tracteur en véhicule électrique utilitaire. Selon lui, le cerveau des jeunes est une source d’innovation à canaliser pour l’amélioration de l’enseignement des sciences!

L’Association pour l’enseignement de la science et de la technologie (AESTQ), dans le cadre de sa mission visant à contribuer à l’amélioration de la qualité de l’enseignement de la science et de la technologie, est heureuse de compter parmi ses membres un incomparable ambassadeur qui fait vivre cette mission.

Monsieur Éric Forcier, en reconnaissance de votre engagement, de votre dévouement au sein de l’équipe enseignante, auprès des élèves ainsi que dans votre communauté, les membres de l’AESTQ vous offrent, ab imo pectore, leurs plus sincères félicitations et vous souhaitent longue vie et de nombreuses autres initiatives!

Visionnez ici la capsule créée par ses collègues pour lui annoncer qu'il était lauréat du prix Gaston-St-Jacques.