Le cahier de laboratoire

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La ou le technicien en travaux pratiques : l’incarnation du scientifique dans le quotidien des élèves

Caroline Guay, AESTQ

Vincent Rineau, Technicien en travaux pratiques


Cette chronique vise à explorer la façon dont la pratique en contexte scolaire d’une ou d’un technicien en travaux pratiques (TTP) peut être influencée par ses expériences antérieures dans un laboratoire scientifique. Ce texte met en lumière les aspects clés d’une conversation menée auprès de Vincent Rineau, TTP à l’école Gabriel-Le-Courtois de Sainte-Anne-des-Monts (Centre de services scolaire des Chic-Chocs), pendant laquelle il a été questionné sur son expérience professionnelle et sur la manière dont il aborde son rôle auprès des élèves. Il vise également à partager certains éléments d’une réflexion personnelle qui s’en est suivie.

Vincent Rineau possède un diplôme d’études collégiales en chimie-biologie obtenu en 2000. Cette formation technique très diversifiée lui a permis de travailler dans plusieurs milieux. Il a d’abord été technicien de laboratoire et assistant de recherche dans le laboratoire du Dr Claude Perreault, à l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l’Université de Montréal, où il a été amené à contribuer à divers projets de recherche sur le cancer, l’immunothérapie et la greffe de moelle osseuse. Ses années au sein de cette équipe de recherche lui ont permis d’entrer en contact avec des jeunes en formation. Cela a alimenté son intérêt pour travailler en contexte scolaire, ce qu’il fait depuis 2007.

Des contextes différents, mais des motivations communes

Durant ses années en laboratoire, M. Rineau était habité par un désir de faire avancer les connaissances et de participer aux découvertes : « Trouver un médicament pour traiter le cancer, ce n’est pas rien! » Il souligne avoir eu la chance d’expérimenter le travail collaboratif au sein d’une équipe positive, rigoureuse et efficace. Le fait de travailler à l’amélioration des connaissances s’avérait aussi très motivant pour lui. Il trouvait particulièrement stimulant le fait que son travail était rarement répétitif : « Une réponse génère souvent une nouvelle question. »

Vincent Rineau mentionne que dès l’amorce de sa carrière, il ne s’est pas senti spécialement outillé pour faire face à ses responsabilités en laboratoire de recherche. Il en aurait d’ailleurs été de même à ses débuts dans le monde de l’éducation. En effet, il parle de sa formation, de son travail en laboratoire de recherche et de sa tâche comme TTP comme d’un continuum. Il considère que sa formation lui a permis de se développer comme « généraliste », c’est-à-dire qu’elle l’a surtout outillé à trouver de manière autonome les réponses dont il a besoin pour poursuivre son travail. En laboratoire, il a donc dû se spécialiser pour répondre aux besoins spécifiques des chercheurs et chercheuses avec qui il œuvrait. Ce fut plutôt l’inverse en milieu scolaire. Afin de composer avec les diverses disciplines scientifiques abordées au secondaire (chimie, biologie, physique, astronomie, géologie, environnement, technologie), il a dû se développer comme « ultragénéraliste », même si son énergie, ses actions et ses décisions sont encore destinées à la recherche de réponses.

En milieu scolaire, l’élève est au centre des préoccupations et du travail de M. Rineau et de ses collègues enseignants et enseignantes, avec qui il se pose constamment des questions concernant la meilleure façon d’aborder une notion ou un concept, et ce, particulièrement pour soutenir les élèves en difficulté. Ensemble, ils tentent une réponse, la testent, en évaluent le résultat et s’ajustent afin d’avoir le meilleur impact sur l’apprentissage des élèves.

M. Rineau parle ainsi de son école comme d’un grand laboratoire. De la même façon qu’il participait aux travaux de recherche sur de nouveaux traitements pour le cancer, il recherche maintenant avec l’équipe enseignante des façons de rendre le plus stimulant possible l’apprentissage des sciences, d’adapter l’enseignement pour faire vivre la réussite aux élèves, tout en maintenant leur intérêt pour l’école. 

De cette manière, M. Rineau considère que sa façon d’aborder son rôle de TTP à l’école n’est pas si éloignée de celle de voir son travail comme assistant de recherche en laboratoire. En fait, il poursuit les mêmes objectifs : trouver des réponses à ses questions et faire avancer les connaissances. Peu importe le contexte, il importe pour lui de collaborer, de partager son savoir, de faire preuve de rigueur, de demeurer curieux, de mettre à contribution ses talents de vulgarisateur et d’exercer son esprit critique et scientifique. Il n’est donc pas surprenant de constater que les mots-clés utilisés par M. Rineau pendant l’entretien pour parler de ses deux expériences de travail sont les mêmes : plaisir, travail d’équipe, nouveautés, recherche, communication, améliorations des connaissances et de l’apprentissage, réussite.

Réflexion personnelle en guise de conclusion  

Cette rencontre avec M. Rineau m’a fait réaliser que mes aprioris ne correspondaient finalement pas à ses réponses à mes questions. En effet, je m’attendais à ce que ce dernier me décrive deux expériences fort différentes, tant sur le plan des contextes de travail que sur celui des rôles et des motivations professionnels. Si M. Rineau est conscient que ses expériences comme technicien de laboratoire et comme assistant de recherche ont un impact sur sa façon d’aborder son rôle actuel de TTP au secondaire, il a également mis en évidence de nombreuses similitudes entre les deux milieux. De son point de vue, ses diverses expériences professionnelles viennent avant tout teinter la personne qu’il est et la manière dont il aborde son travail.

Au cours d’une discussion avec ma fille de 15 ans, Emmy, à propos de ses cours de sciences et technologie et des adultes qui y sont impliqués, elle m’a parlé de son enseignant, d’une technicienne en éducation spécialisée et de deux TTP. Lorsque je lui ai demandé qui, parmi ces personnes, était le ou la scientifique, elle a spontanément répondu : « Les TTP! » Cela m’a fait réaliser que pour les jeunes, les TTP incarnent à l’école l’image du ou de la scientifique. En somme, cette rencontre avec Vincent Rineau m’a permis de réfléchir à leur travail essentiel ainsi qu’à leur impact sur l’apprentissage des élèves.


Merci à Isabelle Arseneau pour sa précieuse aide dans la rédaction de cet article!


Spectre | Volume 50, numéro 1 | Novembre 2020